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Mis à jour : il y a 1 heure 4 min

Au Maroc, Caritas oeuvre pour l’intégration des migrants

mer, 27/09/2017 - 07:20

Il est 9 heures. Une trentaine de migrants se pressent déjà devant les portes de la villa. À la grille, un salarié de Caritas Maroc filtre les entrées. « Tu es sûr que tu as rendez-vous aujourd’hui ? », lance-t‑il au premier de la file. « Oui, regarde, c’est inscrit ici ! », répond le jeune homme en sortant un petit carnet. À l’intérieur, trente autres migrants patientent dans le hall d’entrée. Une affluence plutôt normale pour le centre d’accueil des migrants (CAM) de Rabat, géré par l’ONG catholique.

Le Maroc s’ouvre pas à pas aux Africains subsahariens

Santé, scolarisation, social... une prise en charge très large

À Rabat, Casablanca et Tanger, Caritas Maroc accueille et oriente 4 000 migrants par an. Ce qui a débuté, en 2005, comme une action presque spontanée de soutien et de mise à l’abri est devenu le programme Qantara. « Nous accueillons tout le monde et l’idée est de faciliter l’intégration dans la société marocaine », décrit François Sorba, directeur de Caritas Maroc.

Lors d’un premier entretien, la personne déclinera quelques informations de base si elle n’est jamais venue (identité, raison du départ…) et la raison pour laquelle elle se présente au centre. « Comme nous sommes en période de rentrée, de nombreux parents sont venus demander un cartable, une aide pour les frais de scolarisation », décrit le père Jaime, bénévole.

Le bénéficiaire pourra ensuite être redirigé vers l’un des services du centre : santé, social, mineurs non accompagnés, ou encore la psychologue. Caritas peut alors, par exemple, prendre en charge des traitements, une consultation ou des interventions plus importantes en matière de santé. L’ONG promeut aussi la scolarisation des enfants et facilite le contact avec les écoles publiques.

Des migrants « en transit » vers l’Europe

« Nous avons aussi mis en place des maraudes dans les quartiers où résident les personnes en situation de migration. Cela permet de mieux comprendre quel est l’environnement dans lequel résident les jeunes, quelles peuvent être les difficultés », explique François Sorba. Le CAM, situé dans le quartier Aviation de la capitale marocaine, est proche d’un secteur où les migrants sont nombreux. Mais beaucoup vivent aussi en « forêt », dans des campements informels. Caritas prend contact avec eux par l’intermédiaire de médiateurs qui connaissent bien ces communautés.

Pour les Subsahariens qui quittent leur pays, le Maroc est sur la route de l’Europe. Ils espèrent franchir les barrières ultra-sécurisées des enclaves espagnoles au Maroc, Ceuta et Melilla, ou traverser le détroit de Gibraltar. À mesure que le passage par la Libye devient plus difficile, le flux des personnes passant par le Maroc augmente. Le royaume, par ailleurs, a engagé une vaste opération de régularisation des migrants depuis 2014, qui a concerné des dizaines de milliers d’entre eux.

Le détroit de Gibraltar va-t-il devenir la première route migratoire vers l’Europe ?

Les cours de langues ou des formations pour les mineurs

Les migrants mineurs, en particulier, sont de plus en plus nombreux. « En trois ans, nous sommes passés de 150 à 400 mineurs non accompagnés pris en charge par notre association », indique François Sorba. Selon une étude réalisée en 2016 par Caritas et Médecins du monde, la plupart de ces mineurs partent en espérant avoir une vie meilleure, mais beaucoup fuient aussi des violences, sont recrutés par un réseau d’exploitation ou sont victimes d’une arnaque qui les pousse à venir au Maroc.

Caritas propose aux plus motivés de ces jeunes de suivre une formation professionnelle, prise en charge par l’ONG, qui finance aussi un logement. « Qu’ils choisissent de rester au Maroc, d’aller en Europe ou de retourner dans leur pays, c’est un facteur de stabilité », décrit Fayçal, responsable du service éducation. L’ONG organise aussi des cours d’arabe marocain professionnel et de français pour faciliter les recrutements.

Des « anges gardiens » pour les prêtres asiatiques en France

mer, 27/09/2017 - 06:51

« L’été, j’en emmène certains dans notre maison familiale du Loiret : ils peuvent jouer au ping-pong avec mes petits-enfants et mieux connaître notre culture et notre mode de vie français. » Antoine Serre, 85 ans, est bénévole depuis une quinzaine d’années aux Missions étrangères de Paris (MEP). Tous les jours, ou presque, il se rend rue du Bac, dans le 7e arrondissement de Paris, pour aider des jeunes prêtres asiatiques en formation à l’Institut catholique de Paris (ICP) dans leur apprentissage du français et la rédaction de leurs travaux théologiques.

Cet ancien cadre bancaire n’est pas peu fier d’avoir « déjà accompagné six thèses de doctorat de plus de 500 pages chacune ». Six thèses qu’il a lues et relues, corrigeant patiemment les fautes de vocabulaire, de grammaire ou de logique. « Je retrouve régulièrement et individuellement la dizaine d’étudiants que j’accompagne pour les aider à exprimer leur pensée le plus clairement possible », poursuit Antoine Serre qui a également passé beaucoup de temps, ces derniers mois, avec un prêtre indien arrivé au printemps dernier en France sans parler un seul mot de français.

La carte des volontaires catholiques français dans le monde

« Je lis les livres de théologie avec eux, cela me passionne ! »

Comme lui, une trentaine de bénévoles se relaient chaque jour auprès de la cinquantaine de prêtres étudiants asiatiques qui viennent chaque année, dans le cadre des MEP, se former à l’ICP et à l’Institut catholique de Toulouse (ICT). Actuellement, 19 viennent d’Inde, 15 du Vietnam, et d’autres de Birmanie, de Thaïlande, d’Indonésie, du Sri Lanka ou de Chine…

Les motivations de ces « anges gardiens », pour la plupart retraités, sont variées. « Comme j’avais une belle-fille chinoise, je voulais apprendre le chinois », raconte ainsi Geneviève Vibert, bénévole depuis plus de vingt ans et qui n’hésite pas à faire un long trajet en transport en commun pour rejoindre les MEP depuis les Yvelines. Plutôt que d’aller à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco, ou Langues-O), cette mère de 4 enfants et grand-mère de 13 petits-enfants a opté pour les MEP. Pendant deux ans, dans le cadre du Relais France-Chine (alors hébergée aux MEP), elle apprend le chinois avec une jeune Chinoise désireuse d’apprendre le français. Puis peu à peu, « j’ai mis le doigt dans l’engrenage », sourit Geneviève Vibert.

À la différence d’Antoine Serre qui, considérant qu’il n’a aucune formation théologique, ne veut pas « outrepasser (sa) mission » en donnant des conseils théologiques à ses étudiants, Geneviève Vibert, qui a suivi le cycle C (licence de théologie en cours du soir) dans les années 1990 est heureuse d’aider ses étudiants en maîtrise ou en doctorat à approfondir le sujet qu’ils ont choisi. « Je lis les livres de théologie avec eux, cela me passionne ! » poursuit cette octogénaire dynamique en précisant les deux thèses qu’elle accompagne actuellement : « L’adaptation de la réforme liturgique de Vatican II en Inde », par un prêtre de Bangalore, et « La théologie de la fidélité dans les équipes Notre-Dame du père Caffarel », par un prêtre vietnamien.

« J’aime comprendre les difficultés des étudiants »

Ces bénévoles des MEP se disent heureux également des relations d’amitié qui se tissent avec leurs « protégés », qu’ils décrivent comme « intelligents, travailleurs, curieux… » « J’ai beaucoup d’admiration pour eux », insiste Geneviève Vibert qui se réjouit également de « servir ainsi l’Église de demain ».

De fait, ces prêtres asiatiques, âgés entre 30 et 45 ans, qui viennent se former en France, sont destinés, pour la plupart, à enseigner dans les séminaires de leur pays. Envoyés par leur évêque – généralement après quelques années d’expérience pastorale –, ils viennent « puiser en Europe des bases théologiques solides pour pouvoir produire par eux-mêmes une pensée qui aidera leur Église locale à s’inculturer », souligne le père François Glory, prêtre des MEP et coordinateur du secrétariat pour les prêtres asiatiques étudiants dans les facultés de théologie de Paris et de Toulouse.

Un service que le père Glory avait déjà assumé il y a quelques années et qu’il vit « dans la droite ligne » de la vocation des MEP d’évangéliser l’Asie par l’institution d’un clergé local. « J’aime faire le lien avec les enseignants, comprendre les difficultés des étudiants, les aider à ne pas se décourager face à la masse de travail demandée », poursuit le père Glory qui, ayant lui-même enseigné la théologie biblique au Brésil, sait qu’« il n’est pas simple d’apprendre à penser selon les critères de la théologie européenne. Notamment pour ceux qui viennent de pays sous domination idéologique, tels la Chine ou le Vietnam ».

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Sept prêtres français des MEP envoyés en Asie

Cela n’était pas arrivé depuis 1970 : les Missions étrangères de Paris (MEP) enverront en même temps sept prêtres « ad vitam » (pour la vie) en Asie dimanche 1er octobre. Âgés de 31 à 45 ans, ces missionnaires, ordonnés entre 2011 et 2017, vont partir respectivement au Cambodge (2), en Birmanie (2), au Laos, en Thaïlande et à Singapour. Selon un communiqué des MEP, ce « frémissement des vocations » serait lié au développement du volontariat international, proposé depuis 2003 à des jeunes étudiants ou professionnels (150 chaque année) qui partent pour une période de trois mois à un an. La cérémonie d’envoi, dimanche à 16 heures, a lieu à l’église Saint-François-Xavier, dans le 7e arrondissement de Paris.

PASTORALE : Théologie sans œillères

mar, 26/09/2017 - 19:08

Christoph Theobald propose une réflexion sereine et constructive sur le christianisme au XXIe siècle, qui prend acte de la nouveauté radicale des temps.

Urgences pastorales, de Christoph Theobald, Bayard, 540 p., 19,90 €

Incontournable. Voilà ce que devrait devenir dans les prochaines semaines, mois et même années, la réflexion théologique déployée par le jésuite français Christoph Theobald, dans Urgences pastorales. Incontournable, pour celles et ceux qui cherchent à vivre et à proposer l’Évangile aujourd’hui, en Europe, quels que soient leurs postures, étiquettes ou même sentiments : identitaires ou progressistes, volontaristes, pessimistes ou même déprimés…

« Crise de crédibilité »

On pourra désormais compter sur cette impressionnante « mise » théologique, qui relance et revivifie la réflexion sur l’avenir du christianisme. Avec une grande liberté spirituelle, l’auteur cherche à discerner quel pourrait être son nouveau visage. L’ouvrage se présente comme une vaste synthèse, charpentée en trois temps : un diagnostic sociologique et culturel qui prend à bras-le-corps la « crise de crédibilité » que traverse le christianisme dans nos sociétés ; une réflexion théologique qui repart à la source chrétienne et revisite les thèmes centraux de la foi et de la mission en suivant le Christ et ses apôtres ; la proposition enfin d’une « pédagogie de la réforme » qui engage la « conversion nécessaire » de l’Église. ...

Lire la suite sur le blog Lire pour croire….

Pour le pape, la dignité des migrants avant tout

mar, 26/09/2017 - 17:35

Le 20 juillet 2013, sous le chaud soleil de Lampedusa, en plein milieu de la Méditerranée, à côté d’un autel bricolé avec les restes d’embarcations échouées sur l’île, François a le visage sombre. D’une voix grave, il reprend la question de Dieu à Caïn après le meurtre de son frère : « ”Où est ton frère ?”, la voix de son sang crie vers moi. » « Qui est le responsable du sang de ces frères et sœurs ? Personne ! Qui a pleuré pour ces personnes qui étaient sur le bateau ? », interroge le pape qui, le matin, a rencontré les garde-côtes et une quarantaine de migrants. Ils lui ont raconté leur voyage, les dangers traversés, les passeurs et trafiquants… « J’ai senti que je devais venir ici aujourd’hui pour prier, pour poser un geste de proximité, mais aussi pour réveiller nos consciences pour que ce qui est arrivé ne se répète pas », confie-t-il.

Par son histoire personnelle, François est naturellement sensible au sort des migrants. « Fils d’une famille d’immigrés », comme il se présente lui-même, il ne peut oublier que celle-ci aurait pu sombrer corps et biens si, en 1927, les formalités administratives n’avaient empêché ses grands-parents et son père de prendre un navire qui devait couler au large du Brésil.

Le pape préoccupé par « l’intolérance » contre les migrants

La « culture du déchet » dénoncée par le pape

Mais pour le père Fabio Baggio, sous-secrétaire chargé des migrants au dicastère pour le développement humain intégral, il y a quelque chose de plus, derrière le souci de François pour les migrants. Plus encore que l’argumentation traditionnelle qui veut voir en la Sainte Famille fuyant en Égypte l’exemple type des migrants, c’est la question de la dignité de l’homme créé par Dieu qui interroge François. « La préoccupation majeure du pape, ce sont les personnes qui vivent en situation de vulnérabilité », explique celui qui le rencontre régulièrement sur ces sujets.

Dès le début de ce pontificat marqué par l’expérience de Lampedusa, François n’a cessé de dénoncer la « culture du déchet » qui met au rebut ceux que la société juge inutiles : handicapés, malades, personnes âgées, chômeurs, enfants à naître, migrants… Une vision extensive de la dignité, en totale conformité avec la doctrine sociale de l’Église que le pape a élaborée dès les années où il était archevêque de Buenos Aires, quand il a découvert le drame des personnes victimes de la traite d’êtres humains. Et déjà, à l’époque, il interrogeait dans ses homélies sur le sujet : « Où est ton frère ? ».

« Dans une perspective chrétienne, la défense de la personne a la priorité sur toute autre chose, rappelle le père Baggio. Tout le reste est corollaire : même si la distinction est fondamentale, on est une personne avant d’être un homme ou une femme. On est une personne avant d’être citoyen ou étranger, avant d’être réfugié ou migrant, avant d’être en situation régulière ou irrégulière. »

Le pape François à la rencontre des réfugiés accueillis à Rome

L’Église comme « conscience critique »

En bon connaisseur de la pensée occidentale, François ne fait donc que rappeler que la dignité de la personne humaine créée par Dieu prime sur la société politique qui n’est que le résultat d’une convention entre personnes. Non que François nie l’État : le pape argentin a développé une pensée nourrie sur la notion de peuple. « Mais un État ne peut exister sans les personnes, alors que la personne existe sans État : le pape ne peut être en accord avec la vision machiavélienne d’un État primant sur la personne », résume le père Baggio.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la phrase du pape qui avait fait tant de bruit dans son message pour la prochaine Journée mondiale des migrants, où il expliquait que « le principe de la centralité de la personne humaine (…) nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale ». François ne récuse pas le droit des États à lutter contre le terrorisme : il refuse juste que cela se fasse au prix de la dignité humaine, ici des migrants.

Ce discours du pape se heurte à de très nombreuses résistances, notamment chez les catholiques qui craignent pour leur identité. François le sait, mais n’a pas l’intention, selon ses proches, de renoncer au rôle de l’Église comme « conscience critique » des gouvernants. S’adressant vendredi 22 septembre aux directeurs de la pastorale des migrants en Europe, il a égratigné un « soi-disant ”devoir moral” de conserver l’identité culturelle et religieuse d’origine », rappelant au Vieux Continent que ses valeurs s’enracinent dans le message chrétien.

Le pape et les migrants, un débat qui fait du bruit

« Plus il verra de réactions, plus il va continuer »

Vendredi, il soulignait ainsi que « la profonde gêne face à l’arrivée massive de migrants et de réfugiés (…) souligne les limites du processus d’unification européenne, les obstacles auxquels est confrontée l’application concrète de l’universalité des droits de l’homme, les murs contre lesquels se brise l’humanisme intégral qui constitue un des plus beaux fruits de la civilisation européenne ». Façon aussi d’interpeller l’Europe sur les conséquences de sa politique interventionniste dans le monde, au nom des droits de l’homme dont elle n’assume pas toujours les conséquences.

Il n’hésite pas non plus à interpeller les catholiques réticents et effrayés par des migrants culturellement et religieusement différents. Il leur rappelle que les migrants chrétiens, qui ont « enrichi » les Églises d’Europe avec « leur dévotion et leur enthousiasme liturgique et apostolique », sont « une opportunité supplémentaire de réaliser pleinement leur catholicité ». Quant à ceux qui ne sont pas catholiques, ils sont aussi « une nouvelle ”frontière” missionnaire » pour des Églises européennes fatiguées.

Plutôt que de voir les catholiques se replier sur leur identité, il souligne que les migrants d’autres religions sont « une occasion privilégiée d’annoncer Jésus-Christ et son Évangile sans bouger de son propre environnement, de témoigner concrètement de la foi chrétienne dans la charité et un profond respect pour les autres expressions religieuses ». Non un prosélytisme, mais un témoignage de foi en actes, au nom de la miséricorde du Christ : « J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli. »

« Sur la question des migrants, François ne lâchera rien car il a conscience d’être là au cœur du message chrétien, relève Dominique Wolton qui vient de longuement rencontrer le pape pour son livre d’entretiens . Et en grand politique, plus il verra de réactions, plus il va continuer. »

Chrétiens d’Orient : « Ce passé glorieux nous oblige », affirme Macron

mar, 26/09/2017 - 17:34

Le président de la République Emmanuel Macron a manifesté son soutien aux chrétiens d’Orient lors de l’inauguration de l’exposition « Chrétiens d’orient. 2 000 ans d’histoire » à l’Institut du monde arabe (IMA), lundi 25 septembre. Rappelant les liens anciens tissés entre les chrétiens d’Orient et la France, il a affirmé que celle-ci resterait à leurs côtés et défendrait au Moyen-Orient « l’exigence de permettre à chacun de croire » selon sa foi. « Ce passé glorieux nous oblige », a-t-il résumé.

EXPLICATION : Les présidents français et les chrétiens d’Orient

La République se doit de protéger la foi des croyants

Trois jours après un discours vibrant sur la laïcité, à l’occasion du 500° anniversaire de la Réforme, durant lequel il avait affirmé que la République se devait de reconnaître et protéger la foi des croyants – « ce dialogue avec Dieu » –, Emmanuel Macron s’est posé en défenseur de la liberté de croire au Moyen-Orient.

« Partout où des minorités défendent leur foi, la France est à leurs côtés (…) parce que nous croyons au pluralisme », a-t-il affirmé, en présence du président de la République libanaise Michel Aoun – chrétien maronite – et du président de l’IMA, Jack Lang.

Il a aussi mentionné les juifs, les différentes minorités musulmanes et les Yézidis, communauté religieuse dont les croyances se situent aux marges de l’islam et qui avait été martyrisée en 2014-206 par les djihadistes de Daech. « Chacune a une histoire singulière (…) Cette richesse nous importe », a-t-il insisté.

« Défendre les chrétiens d’Orient ce n’est pas défendre Bachar al Assad »

Depuis son élection le 14 mai 2017, c’était la première fois qu’Emmanuel Macron inaugurait un événement culturel, a souligné Jack Lang. Une marque de l’importance qu’il accorde au dialogue entre les cultures. La cérémonie s’est déroulée en présence de nombreux évêques, prêtres et religieux, français et orientaux, notamment Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient, qui fut un partenaire clé de l’IMA pour la réalisation de l’exposition.

Alors que la France essaie de revenir dans le jeu diplomatique en Syrie pour trouver une issue au conflit qui ravage ce pays depuis 2011, le président de la République a pris soin de marquer ses distances avec le régime de Damas. « On a parfois voulu dire que défendre les chrétiens d’Orient, ce serait accepter toutes les compromissions, a-t-il précisé. Non, défendre les chrétiens d’Orient, ce n’est pas défendre Bachar Al Assad. Défendre les chrétiens d’Orient, c’est être à la hauteur de l’exigence historique qui est la nôtre ».

20 millions d’euros au Fonds de soutien des victimes de violence religieuses

Le chef de l’État a rappelé que c’est à l’initiative de la France, au temps de son prédécesseur François Hollande, qu’une réunion s’est tenue en mars 2015 au conseil de sécurité des Nations unies pour évoquer le sort des minorités religieuses persécutées au Moyen-Orient. Et il a rappelé que la France s’était engagée le 8 septembre 2015 à verser 20 millions d’euros au Fonds de soutien aux victimes de violences religieuses créé dans ce contexte de mobilisation internationale.

« Notre priorité, ce sera bien la défense de (votre) histoire », a conclu Emmanuel Macron, à l’adresse des chrétiens d’Orient. L’exposition à l’Institut du monde arabe, dont La Croix est partenaire, dure jusqu’au 14 janvier 2018.

EXPOSITION : À l’IMA, l’exposition Chrétiens d’Orient. 2000 ans d’histoire

Les présidents français et les chrétiens d’Orient

mar, 26/09/2017 - 17:25

« La France, protectrice des chrétiens d’Orient ». Ce vieux leitmotiv de la diplomatie française prend racine dans l’alliance de la France et l’Empire ottoman en 1535. Au fil des siècles, la France a reçu, comme un bénéfice de cette alliance, la protection des catholiques au Moyen-Orient – en particulier ceux du Mont Liban –, ainsi que de certains lieux saints.

Napoléon III organisa une expédition française au Liban, en 1860, pour mettre fin aux massacres des chrétiens par les Druzes. Cette entente avec l’empire ottoman se poursuivit jusqu’à la chute de celui-ci en 1920.

À LIRE : À l’institut du monde arabe, « Chrétiens d’Orient, deux mille ans d’histoire »

« Ce peuple qui a surmonté les épreuves à travers les siècles »

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, le soutien de la France aux chrétiens d’Orient a peu à peu pris une dimension plus symbolique, néanmoins marquée par quelque temps forts. On pense notamment à l’hommage appuyé de Jacques Chirac aux chrétiens de Terre sainte, en octobre 1996, à l’église Sainte-Anne de Jérusalem.

« Je veux saluer le courage de ce peuple qui a surmonté les épreuves à travers les siècles. Il est toujours là, certes moins nombreux mais jouant toujours un rôle essentiel d’ouverture et de dialogue, de paix. Au moment où s’élaborent de nouvelles institutions, dans des conditions difficiles, je me tourne vers vous et je vous dis courage, déclarait-il alors. Aujourd’hui comme hier, votre rôle demeure. Vous êtes indispensables. Ne désespérez pas. Ne quittez pas cette terre. Vous demeurez aujourd’hui, comme hier, une garantie de respect de l’autre et de tolérance pour la société qui se crée. En cela, vous êtes nécessaires à la paix. »

À LIRE : Le président du Liban Michel Aoun à Paris pour une visite d’État

Le rôle historique de la France à l’égard des chrétiens d’Orient

Particulièrement proche du Liban, Jacques Chirac voyait dans ce pays doté d’une forte minorité chrétienne une porte d’entrée naturelle de la France dans le monde arabe. Quelques jours après son discours de Jérusalem, il s’était adressé en ces termes à la jeunesse libanaise : « Vous les jeunes, et notamment les jeunes chrétiens, votre place est ici, a-t-il lancé. Si vous n’assumez pas vos responsabilités, vous ne pourrez plus vous regarder vraiment dans la glace. »

« Peu à peu, le rôle politique de la France à l’égard des chrétiens d’Orient est devenu purement culturel, sauf durant la présidence du général de Gaulle en raison de sa politique arabe », expliquait l’historien Gérard Khoury à La Croix en 2014. « Aujourd’hui, il n’y a plus aucun fondement ni politique, ni économique qui anime la politique de la France pour soutenir les chrétiens d’Orient. » Pour ce spécialiste, « le rôle historique de la France à l’égard des chrétiens d’Orient n’est plus qu’un souvenir ».

Depuis trois ans, une France plus engagée

Pourtant, les gestes des présidents français à l’encontre de ces minorités semblent s’être multipliés ces trois dernières années, à la faveur du sort tragique qu’ils connaissent notamment en Irak et en Syrie, aux côtés de populations musulmanes. Pour certains observateurs, le contexte international actuel aura été l’occasion, pour la France, de « renouer » avec une tradition séculaire de protection de ces chrétiens orientaux.

Deux dates auront ainsi marqué, à cet égard, le quinquennat de François Hollande : le 27 mars 2015, la France suscitait la tenue d’une réunion spéciale du Conseil de sécurité de l’ONU sur ce sujet. Et le 8 septembre suivant, le Quai d’Orsay organisait une conférence internationale pour alerter les puissances sur le sort des minorités persécutées, notamment chrétiennes et yézidies. François Hollande a également assisté à des cérémonies d’accueil de chrétiens réfugiés d’Irak.

À LIRE : Chrétiens d’Orient : « Le combat pour la citoyenneté reste à accomplir »

Mais pour Jean-Jacques Pérennès, directeur de l’École biblique de Jérusalem, les dimensions caritative et financière de cet engagement demeurent insuffisantes. « Offrir des visas ne suffit pas, estime-t-il. Ce dont ces chrétiens d’Orient ont besoin, c’est d’un vrai projet d’inscription dans un devenir durable. Il ne s’agit pas seulement de les aider à survivre, mais plutôt à être des citoyens et à se former sur place, aux côtés des musulmans, pour préparer un avenir commun. »

« Je ne veux pas jouer une communauté contre l’autre »

À l’heure où la défense des chrétiens d’Orient est parfois perçue, en France, comme un marqueur identitaire, et où ces minorités peuvent être vues dans leurs propres pays comme des « ennemis de l’intérieur » en raison de leurs liens avec les puissances occidentales, le président Emmanuel Macron semble désireux de rester prudent sur ce sujet.

C’est du moins ce qu’il avait exprimé lors de sa visite au Liban les 23 et 24 janvier dernier, alors qu’il n’était que candidat à la présidentielle et que le sujet des chrétiens d’Orient avait jusqu’alors été plutôt préempté par François Fillon. Rencontrant le patriarche maronite Bechara Raï dans sa résidence d’hiver de Bkerké, le futur président avait déclaré : « Les chrétiens sont une composante fondamentale de la région. Mais ils s’inscrivent dans le modèle pluraliste libanais. Je ne veux pas jouer une communauté contre l’autre. »

À LIRE : Le Patriarche des maronites du Liban Bechara Raï rencontre François Hollande

Les moines de Montserrat entrent dans le débat sur la Catalogne

mar, 26/09/2017 - 16:48

C’était le 24 septembre, lors de la messe dominicale à l’abbaye de Montserrat. Dénonçant la « répression » et la « menace des droits fondamentaux » alors que le gouvernement de Madrid tente de freiner par tous les moyens l’organisation du référendum d’autodétermination de la Catalogne, prévu le 1er octobre, les propos du jeune père Sergi d’Assís Gelpí, 42 ans, ont soulevé l’enthousiasme de ses paroissiens au point de se lever et d’applaudir.

« Non à la répression »

« Nous devons dire non à la répression et oui à la liberté et au respect des droits les plus fondamentaux », a déclaré en catalan le prêtre qui appartient à la communauté des 60 moines de cette abbaye perchée dans le massif de Montserrat en Catalogne. « On a vu comment les droits fondamentaux sont menacés et violés, celui de réunion, la liberté d’expression… Et si quelqu’un doute, qu’il relise la déclaration universelle des droits de l’homme. »

À propos du référendum, pomme de discorde entre Madrid et Barcelone, il a poursuivi : « On interdit un droit aussi simple que celui d’être consulté… Les institutions de notre peuple ont été sous-estimées. Les sous-estimer signifie sous-estimer les citoyens qui les représentent. » Il a appelé « à faire face : on ne peut pas, on ne doit pas regarder de l’autre côté ».

ANALYSE : Le référendum sur l’indépendance catalane divise l’épiscopat espagnol

Enfin, le moine a appelé les Catalans à « affronter la situation avec un esprit toujours pacifique ». Et dans l’éventualité d’une Catalogne différente, il s’interroge : « On parle de créer un nouveau pays. Mais quel pays ? À la lumière de cet évangile, je dirai que la Catalogne sera un pays ouvert aux autres ou ne sera pas. Je défends une intégration dans laquelle tous, sans perdre leur identité d’origine, se sentent membres à part entière dans notre pays. Ce n’est pas impossible, d’autres y sont parvenus. »

Montserrat, bastion de l’identité catalane…

Jusqu’à ce dimanche, Monserrat qui a toujours été un bastion de l’identité catalane, un lieu de refuge et de résistance au régime franquiste, ne s’était pas prononcé sur le référendum à venir. C’est pourquoi, les propos du père sont apparus comme une rupture avec la réserve de l’abbaye.

« Notre fonctionnement est démocratique, il n’y a pas de censure », commente Oscar Bardaji, directeur de la communication de Montserrat joint au téléphone. « Les moines sont libres et responsables de leur propos, poursuit-il. Les autres membres de la congrégation découvrent l’homélie comme les paroissiens. »

… et une paroisse

L’homélie a été suivie de longs applaudissements de l’assemblée, en majorité des Catalans, car l’abbaye de Montserrat est aussi une paroisse. « Ils ont applaudi parce que ses propos sont remplis de bon sens », ajoute Oscar Bardaji.

Les propos du père Sergi d’Assis Gelpi ont été largement repris et commentés dans la presse et les réseaux sociaux. Comme l’avaient été ceux de l’abbé de Montserrat, Josep Maria Soler. En 2016, il s’était déclaré favorable au droit des Catalans à se prononcer sur l’indépendance, sans toutefois dire quelle serait sa position sur cette question.

Deux ans après la consultation du 9 novembre 2014 sur l’indépendance en Catalogne, dans une interview au quotidien Region 7, il alertait toutefois sur les risques du processus indépendantiste de « créer une fracture au sein de la société en Catalogne ».

À lire : Le monastère de Montserrat, sentinelle du catalanisme

Craintes sur la liberté religieuse au Vietnam

mar, 26/09/2017 - 16:27

Le 11 septembre, Vu Chiên Thang a été nommé au poste de directeur du Bureau gouvernemental des affaires religieuses, l’organisme qui gère les activités et l’organisation des religions au Vietnam.

Selon la presse officielle, Vu Chiên Thang a fait toute sa carrière au sein des services vietnamiens de la sécurité publique, dont il est actuellement l’un des plus hauts responsables. Il a été successivement vice-directeur pour la province du Nghê An (nord du Vietnam), directeur pour la province de Quang Tri (centre), responsable pour la région du nord-ouest et enfin pour l’ensemble du pays.

Lors de sa nomination, Vu Chiên Thang s’est engagé à appliquer « strictement » les missions qui lui sont confiées. Ce qui laisse penser aux divers responsables religieux, en particulier aux évêques catholiques, que les demandes de liberté religieuse, qu’ils avaient récemment exprimées, ne seront guère prises en compte.

Les religions, forces d’opposition au Vietnam

Le 1er juin 2017, la Conférence des évêques du Vietnam (CECV) avait adressé à l’Assemblée nationale un texte critique à propos de la Loi sur les croyances et la religion, adoptée en novembre 2016 et qui entrera en vigueur en janvier 2018. Elle dénonçait, entre autres, l’attitude foncièrement hostile des autorités gouvernementales à l’égard des organisations religieuses, considérées comme « des forces d’opposition ».

Dans ce contexte de réactions négatives après l’adoption (par plus de 84 % des membres de l’Assemblée nationale) de la nouvelle loi sur les croyances et la religion, ce renforcement du contrôle des affaires religieuses par la sécurité publique fait donc planer de sérieuses craintes sur la liberté religieuse au Vietnam. En outre, l’arrivée de ce nouveau responsable précède de quelques mois l’entrée en vigueur de la loi qui donnera de nouveaux moyens de contrôle aux responsables locaux des affaires religieuses.

EN CHIFFRES : Au Vietnam, un peu moins de vocations religieuses

127 cadres communistes pour les affaires religieuses

Créé en août 1955 à Hanoï, quelques mois après la mise en place de la République démocratique du Vietnam, le Bureau gouvernemental des affaires religieuses est placé sous la direction du premier ministre et a pour mission de « planifier l’application des lignes politiques du gouvernement en matière de religion et d’organisations religieuses ».

Le Bureau gouvernemental des affaires religieuses à Hanoï emploie actuellement 127 cadres communistes. Mais si l’on compte les très nombreuses annexes dans les provinces, les grandes villes et les districts, l’ensemble du personnel de ce Bureau se compte par milliers.

Enfin, la nomination de Vu Chiên Thang apparaît comme une fin de non-recevoir à la suite des pressions exercées sur le gouvernement de Hanoï par diverses ONG et associations des droits de l’homme, ainsi que par certains pays comme les États-Unis.

Le référendum sur l’indépendance catalane divise l’épiscopat espagnol

mar, 26/09/2017 - 16:23

Ces derniers jours, ils ont défilé par milliers dans les rues et devant le palais de justice de Barcelone pour défendre le projet de référendum sur l’indépendance catalane, prévu dimanche 1er octobre, mais interdit par Madrid. Dans cette province considérée comme l’une des plus sécularisées d’Espagne, mais qui revendique ses racines chrétiennes, certains d’entre eux sont venus manifester à l’appel des curés de leur paroisse, d’associations ou d’établissements scolaires catholiques.

Jusqu’aux plus hauts représentants de l’Église catalane, à l’instar du cardinal Juan José Omella, archevêque de Barcelone, la communauté chrétienne de la région autonome s’est mobilisée pour faire entendre sa voix, qu’elle soit partisane ou non de l’autodétermination. Et alors que le Vatican reste relativement en marge du processus, la posture de certains évêques catalans ouvertement séparatistes provoque une rupture au sein de l’épiscopat espagnol.

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Faire entendre « les aspirations légitimes du peuple catalan »

« Les aspirations légitimes du peuple catalan doivent être entendues, afin que leur unicité nationale puisse être estimée et appréciée », déclarait déjà, en mai, la conférence épiscopale de la province de Tarragone, qui regroupe les évêques catalans.

Dans un autre communiqué publié mercredi 20 septembre, le jour de l’opération orchestrée par Madrid et conduisant à l’arrestation de quatorze membres de la Généralité, l’instance politique de la province autonome, les évêques catalans condamnaient « une violation des droits du gouvernement et du peuple catalan ». Avant d’encourager « les laïcs chrétiens à être responsables et engagés dans la vie publique, et à avancer dans le respect des institutions ». Mais malgré ces déclarations conjointes, la question de l’autodétermination de la Catalogne est loin de faire l’unanimité.

Prendre part « au processus démocratique »

Derrière ces discours que certains jugent encore trop policés, des évêques assument en effet médiatiquement des postures beaucoup plus partisanes. À l’instar de Mgr Xavier Novell Goma, évêque de Solsona, au nord de Barcelone. Il déclarait en juin « que le droit des peuples à décider de leur sort [était] plus important que l’unité de l’Espagne » et invitait tous les fidèles à participer « au processus démocratique pour le développement d’une nouvelle Constitution ».

Parmi les autres figures de proue de ce front épiscopal indépendantiste figurent notamment Mgr Joan Enric Vives, l’archevêque d’Urgell, mais aussi Mgr Jaume Pujol, l’archevêque de Tarragone, Mgr Francesc Pardo, l’évêque de Gérone, et Mgr Sebastiá Taltavull, l’évêque auxiliaire de Barcelone et administrateur de Majorque.

ENTRETIEN : Mgr Novell Goma : « C’est à nous tous de bâtir la société »

Des positions plus modérées

D’autres apparaissent cependant beaucoup plus modérés sur la question de la nécessité d’une nouvelle consultation populaire. C’est le cas, notamment, du cardinal Juan José Omella, archevêque de Barcelone et membre de la commission permanente de la Conférence épiscopale espagnole (CEE).

Fin août, il s’était attiré les foudres des séparatistes après avoir refusé de dire toute la messe à l’intention des victimes de l’attentat de Barcelone en langue catalane. Il avait alors aussi fait des allusions controversées sur le statut des autorités « autonomes » de la province, avant de s’adresser directement au roi et au chef du gouvernement espagnol.

De son côté, le reste de l’épiscopat espagnol estime très majoritairement que l’unité de l’Espagne est « un bien supérieur » à défendre, parce qu’elle conditionne « la crédibilité sociale » de sa propre église, selon les mots du cardinal Antonio Cañizares, archevêque de Valence. Le sujet de l’indépendance devrait être à l’ordre du jour d’une nouvelle réunion exceptionnelle de la commission permanente de la CEE, dans les jours précédant le scrutin.

Le Vatican en marge

Depuis le début des négociations, le Vatican est resté relativement en marge des tensions politiques espagnoles autour de la Catalogne. Lundi 25 septembre, plus de 400 prêtres et diacres catalans ont envoyé une lettre au pape François, pour lui demander d’intercéder auprès du gouvernement central, afin que celui-ci « revienne sur son opposition viscérale (…) et cesse ses actions répressives ».

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Asia Bibi nominée au Prix Sakharov 2017

mar, 26/09/2017 - 16:08

L’édition 2017 du prestigieux Prix Sakharov pour la liberté de pensée, conféré par l’Union européenne, aura à choisir entre six candidats. Parmi eux, se trouve Asia Bibi, Pakistanaise chrétienne condamnée à mort pour blasphème et incarcérée depuis 2009 à Lahore.

C’est Peter Van Dalen, membre du groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE, regroupant un ensemble de partis de droite et de la droite nationaliste) au sein du Parlement européen, qui a proposé la candidature d’Asia Bibi. Son cas « comporte une importance symbolique pour d’autres qui ont souffert ou souffrent pour la liberté de religion ou d’expression », a-t-il expliqué.

« En Asia Bibi, peut être vue la situation de toute la communauté chrétienne. Son cas est tragiquement indicatif de l’insécurité pesant sur toutes les minorités lorsqu’il s’agit du respect de leurs droits fondamentaux », remarque pour sa part l’intellectuel pakistanais Kaleem Dean, dans un commentaire envoyé à l’agence Fides.

À lire : Au Pakistan, le procès en appel d’Asia Bibi renvoyé

Dédommagement du préjudice subi

Si Asia Bibi obtenait le Prix Sakharov (ainsi nommé en hommage au militant pour les droits de l’Homme Andreï Sakharov, et à sa femme Yelena Bonner), elle recevrait 50 000 €. Pourtant, « ce qui est en jeu ici vaut bien plus que cette somme – même si elle sera utile à titre de dédommagement du préjudice subi, poursuit l’intellectuel pakistanais. Ce qui est en jeu, c’est la reconnaissance de la liberté religieuse au Pakistan. »

Le cas d’Asia Bibi est en effet lié à la loi interdisant le blasphème au Pakistan, qui a été promulguée sous la dictature du général Zia ul-Haq, en 1986, dans le cadre de ses initiatives visant à islamiser la société. Or, souligne Kaleem Dean, « les accusations de blasphème constituent un moyen d’oppression d’État contre les minorités religieuses. Les gouvernants devraient avoir le courage et la clairvoyance de réformer la loi sur le blasphème. »

À lire : Un chrétien condamné à mort pour blasphème au Pakistan

L’opposition démocratique au Venezuela

Parmi les autres candidats 2017 au prix Sakharov, on trouve : Aura Lolita Chavez Ixcaquic, défenseur des droits fondamentaux au Guatemala ; Selahattin Demirtas et Figen Yuksekdag, coprésidents du Parti démocrate populaire pro-kurde en Turquie ; des groupes et des personnes représentant l’opposition démocratique au Venezuela ; Dawit Isaak, dramaturge suédois et érythréen, arrêté en 2001 par les autorités érythréennes ; et Pierre Claver Mbonospa, militant des droits fondamentaux au Burundi.

Le lauréat de ce Prix du Parlement européen, qui récompense des individus ou des groupes s’étant distingués dans le domaine de la défense des droits fondamentaux et des libertés fondamentales, sera annoncé officiellement le 26 octobre. Mais la cérémonie de remise du prix se tiendra à Strasbourg le 13 décembre.

Theodor Dieter, Karl-Heinz Menke, Arvo Pärt, prix Ratzinger 2017

mar, 26/09/2017 - 16:03

Le père Federico Lombardi, président de la Fondation vaticane Joseph Ratzinger-Benoît XVI, a annoncé mardi 26 septembre, l’attribution du prix Ratzinger 2017, considérée comme le « Nobel de la théologie », au luthérien allemand Theodor Dieter, au prêtre catholique allemand Karl-Heinz Menke et à l’orthodoxe estonien Arvo Pärt.

Né en 1951, membre de l’Église évangélique luthérienne du Wurtemberg (sud-ouest de l’Allemagne), le pasteur Theodor Dieter est un spécialiste de la théologie de Martin Luther qu’il a étudié à Heidelberg et Tübingen. Il enseigne depuis 1994 à l’Institut pour la recherche œcuménique de Strasbourg (France) dont il est directeur depuis 1997.

Très impliqué dans la rédaction de la Déclaration conjointe luthérienne-catholique sur la doctrine de la justification du 31 octobre 1999, il a été invité, en 2012, à participer à la rencontre du Ratzinger-Schülerkreis, qui rassemble les anciens élèves du cardinal Ratzinger, et qui portait cette année-là, en présence de Benoît XVI, sur le dialogue luthéro-catholique.

Né en 1950, prêtre du diocèse d’Osnabrück (nord-ouest de l’Allemagne), le père Karl-Heinz Menke a étudié à Münster et à Rome et a enseigné la dogmatique et la propédeutique théologique à l’Université de Bonn. Profond connaisseur de la pensée de Joseph Ratzinger, il a participé à de nombreuses commissions de la Conférence des évêques allemands et est, depuis 2014, membre de la Commission théologique internationale.

Né en 1935 à Paide (Estonie), Arvo Pärt est un musicien orthodoxe contemporain, spécialisé dans la musique sacrée et associé au mouvement minimaliste. Docteur honoris causa de l’Institut pontifical de musique sacrée, il a eu l’occasion, pour les soixante ans de sacerdoce de Benoît XVI, d’exécuter devant lui son Notre Père. Il est, depuis 2011, membre du Conseil pontifical pour la culture.

« L’attirance de Joseph Ratzinger/Benoît XVI pour l’art musical et l’inspiration hautement religieuse de l’art musical du maestro Pärt justifient pleinement l’attribution du prix en dehors du champ strictement théologique », a expliqué le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical pour la culture et membre du conseil scientifique de la Fondation Joseph Ratzinger-Benoît XVI.

Les prix seront décernés le 18 novembre 2017 à Rome au lendemain du congrès de l’Université grégorienne sur saint Bonaventure qui rappellera la dissertation doctorale de Joseph Ratzinger sur le grand théologien médiéval.

« Nous espérons que, comme l’année dernière, le pape pourra venir lui-même remettre le prix », a confié le père Lombardi.

Les évêques togolais : “sans réformes, il est impossible de ramener la paix et la cohésion dans notre pays”

mar, 26/09/2017 - 15:47

« Et toi, fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : “Tu vas mourir”, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang. Au contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. » (Ézéchiel 33,7-9)

Chers fils et filles du Togo,

Interpellée par cette parole de Dieu adressée au prophète Ézéchiel, la Conférence des évêques du Togo n’a cessé de tirer la sonnette d’alarme sur la crise que traverse notre Pays. Vivement préoccupée par la situation sociopolitique que nous vivons depuis quelques semaines, elle a jugé opportun d’organiser dans tous les diocèses, une prière de supplication en faveur de la paix, plus précisément en faveur des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Son objectif est d’implorer la lumière de l’Esprit Saint sur les plus hautes autorités de notre pays afin qu’elles opèrent urgemment les réformes demandées par le peuple conformément à la Constitution de 1992. La Conférence des évêques du Togo attache une importance particulière à ces réformes sans lesquelles il est impossible de ramener la paix et la cohésion sociale dans notre pays. Elle est convaincue qu’elles sont indispensables à notre vivre ensemble et invitent les protagonistes à s’inscrire dans une démarche responsable, sincère et constructive.

Par ailleurs, la Conférence des évêques du Togo exprime sa vive inquiétude face aux nouvelles qui lui parviennent au sujet de répressions en cours dans notre pays ainsi que d’appels à la haine ethnique à travers les réseaux sociaux. De telles attitudes ne font que compromettre davantage la paix sociale déjà si fragile dans notre Pays. Ils appellent à un usage responsable de tous les médias et réseaux sociaux en vue de sauvegarder la cohésion sociale.

Les évêques sont particulièrement préoccupés par les violences exercées par les forces de l’ordre et de sécurité sur les populations dans certaines localités de notre pays, après les manifestations des 6 et 7 septembre 2017. Ils condamnent l’usage excessif de la force contre des concitoyens, parfois jusque dans leurs propres domiciles. Les évêques estiment que les auteurs de ces actes ainsi que leurs commanditaires déshonorent le corps auquel ils appartiennent ainsi que la foi qu’ils professent.

Les évêques exhortent, en particulier, l’armée à adopter une attitude républicaine de neutralité en évitant toute immixtion dans le débat politique, conformément à notre Constitution. De même, ils invitent les responsables des institutions de la République à éviter d’afficher publiquement leur appartenance politique.

Les évêques demandent aux leaders politiques de notre pays d’éviter d’organiser le même jour des manifestations antagonistes, de peur que ces rassemblements ne débouchent sur des affrontements aux conséquences imprévisibles. De même, ils invitent les populations à ne pas céder à la tentation de commettre des actes de violence ou des représailles contre leurs frères et sœurs d’autres convictions politiques.

Pour tout cela, les évêques invitent les fidèles à continuer de prier pour notre pays le Togo dans leurs paroisses, les CCCB (1) et les diverses associations, afin qu’une paix durable s’établisse dans les cœurs des concitoyens et que se calment les tensions sociopolitiques qui secouent notre pays.

Nous supplions le Seigneur de nous pardonner nos péchés et de nous donner le courage d’opérer les changements vivement attendus par notre peuple.

Au Bangladesh, l’Église se mobilise pour les réfugiés rohingyas

mar, 26/09/2017 - 13:18

« Je voulais être avec eux, partager leur peine à ma manière, et surtout, préparer le terrain pour que Caritas leur vienne en aide », a commenté, pour l’agence catholique d’information Crux, le cardinal Patrick D’Rozario, archevêque de Dacca (capitale du Bangladesh), à propos de ses deux jours de visite dans plusieurs camps de réfugiés Rohingyas.

Le cardinal s’est rendu, dimanche 24 et lundi 25 septembre, à Cox’s Bazar, un gros port de pêche à l’extrême sud-est du pays, près de la frontière birmane, qui abrite plus de 600 000 réfugiés Rohingyas, issus des vagues successives de persécutions en Birmanie. « C’est un vieux camp, mais il y a des arrivées nouvelles et récentes », explique le cardinal.

Les plus importantes de ces persécutions sont celles de 1978, 1991, 2012. Mais la crise actuelle, qui a débuté en novembre 2016 et s’est aggravée le 25 août, a fait arriver au Bangladesh près de 450 000 Rohingyas musulmans fuyant l’armée birmane qui les persécute dans l’État d’Arakan (sur la côte ouest de la Birmanie).

Dossier : Rohingyas, un peuple sacrifié

Le Bangladesh, terre d’accueil déjà pauvre

Le cardinal de Dacca a loué la réponse du gouvernement bangladais à la crise des Rohingyas. Toutefois, le Bangladesh, un des pays les pauvres du monde, a du mal à abriter et à nourrir ces réfugiés démunis.

La petite communauté catholique du Bangladesh (350 000 personnes, soit environ 0,2 % des 162 millions d’habitants au total) se mobilise pour venir en aide à ces réfugiés. Même si, jusqu’à présent, « l’Église n’est pas du tout présente ici ; les gens ici n’ont jamais vu une église ou un prêtre », a regretté le cardinal.

Récit : Le Bangladesh accueille difficilement les Rohingyas

« En dépit de leur désolation, j’admire la tranquillité qui règne ici. Il n’y a pas de violence et les réfugiés entre eux montrent une solidarité, une compréhension, et se rejoignent dans leur pauvreté », a noté le cardinal, en se disant « très ému ». « J’ai touché les blessures de Jésus dans les camps, a poursuivi le cardinal D’Rozario. C’est une souffrance humanitaire, nous souffrons pour et avec ces personnes, mon cœur pleure pour notre peuple, pour tant de souffrances. »

Ni eau potable ni sanitaire

Lundi 25 septembre, l’archevêque de Dacca a visité un autre camp de réfugiés. « La plupart vivent dans des sites improvisés, n’ayant qu’une bâche de plastique pour s’abriter, et n’ayant ni eau potable ni sanitaire. Ils reçoivent des approvisionnements alimentaires, mais très limités », a déclaré le cardinal D’Rozario. « J’ai vu de telles souffrances sur les visages, chez ces enfants, ces jeunes femmes avec leurs bébés dans les bras, ces personnes âgées, ces malades », a-t-il poursuivi.

Se disant « encouragé par les mesures prises par les ONG et par le gouvernement de Dacca », le cardinal D’Rozario a estimé qu’« après le choc de voir les conditions des réfugiés, les choses dans les camps semblent s’organiser. Mais il y a tellement à faire ». Enfin, l’archevêque a appelé les États-Unis et les ONG, dont Caritas Bangladesh, à fournir de l’aide et à agir pour résoudre la crise des Rohingyas.

Le cardinal D’Rozario doit accueillir le pape François à Dacca du 30 novembre au 2 décembre 2017, juste après les trois jours que le pape aura passés en Birmanie, du 27 au 30 novembre.

Entretien : Pour le Vatican, « les souffrances des Rohingyas doivent cesser »

Le nouvel archevêque de Milan, Mgr Mario Delpini, veut « construire un idéal de paix »

mar, 26/09/2017 - 11:17

« Servir le peuple et avoir une première attention à ceux qui, en raison de la maladie, la vieillesse, les conditions économiques, la nationalité, sont marginalisés au sein de la société » : c’est ce qu’a assuré, avec force, le nouvel archevêque de Milan, Mgr Mario Delpini, pendant la messe de sa prise de fonction canonique, en présence de son prédécesseur, le cardinal Angelo Scola et devant des milliers de fidèles.

Le nouvel archevêque, âgé de 66 ans, a ensuite reçu des mains d’Angelo Scola le bâton pastoral de Saint Charles Borromée avant d’être installé sur le siège de Saint Ambroise.

Fidèle à l’héritage du passé

Ordonné prêtre du diocèse de Milan en 1975, Mario Delpini en était devenu évêque auxiliaire en 2007, puis vicaire général en 2012, peu après l’installation du cardinal Angelo Scola. Fort de sa grande expérience comme collaborateur des trois derniers archevêques de Milan, Mario Delpini s’inscrit dans le sillon de ses prédécesseurs pour poursuivre le rôle de l’Église ambrosienne. Il se dit prêt à privilégier « l’esprit de service, le partage de la passion civique, la fierté de la tradition solidaire, créative et laborieuse ».

Mgr Mario Delpini a assuré à ses fidèles « une disposition d’accueil bienveillant ». Il a indiqué compter, à ce sujet, collaborer avec les autorités locales, pour consolider « une alliance, un même désir de servir le peuple », dans un diocèse considéré comme le plus grand du monde en nombre de prêtres – ils sont 2 000, soit le double du diocèse de Rome.

À lire :  Mgr Mario Delpini, nouvel archevêque de Milan

La recherche de l’unité dans la diversité

S’adressant aux fidèles d’autres confessions chrétiennes, Mgr Mario Enrico Delpini leur a instamment demandé de « chercher davantage ce qui unit que ce qui divise ». Il a insisté également sur la volonté de tisser un lien d’estime mutuelle et dans une profonde reconnaissance du travail des « hommes et les femmes qui prient Dieu selon la foi musulmane et les autres traditions religieuses ».

L’archevêque a rappelé l’héritage historique du peuple d’Israël : « Nous avons tant reçu par la foi, la prière et la sagesse du peuple juif, nous avons trop peu partagé vos souffrances au fil des siècles, nous avons trop de choses en commun pour ne pas construire ensemble un idéal de paix. »

Dans cette ligne, le nouvel archevêque a évoqué « un dialogue qui ne se limite pas à ceux qui croient, mais qui veulent ouvrir des portes et construire des ponts pour rencontrer même les nombreux croyants et non croyants qui ignorent ou excluent Dieu de l’horizon de leurs pensées ».

“Avec vous tous les jours”, la lettre pastorale de Mgr Benoit-Gonnin

mar, 26/09/2017 - 09:27

Aux prêtres et aux diacres,
Aux membres des équipes de conduite pastorale,
Aux membres des conseils pastoraux,
À tous les fidèles du diocèse,

« Je suis avec vous tous les jours »
(Matthieu 28, 20)
Avec le Christ, avancer avec lucidité, espérance et courage !

Chers frères et sœurs,

Voici un peu plus de 7 ans, j’ai été envoyé dans l’Oise, et je veux commencer par redire, ici, toute ma joie d’y servir le Seigneur et son Église.

J’y ai vécu de grandes joies : plusieurs centaines de confirmations annuelles, la rencontre des catéchumènes adultes, les visites pastorales, six ordinations presbytérales, deux ordinations diaconales, l’accueil de prêtres et de deux communautés religieuses, la création de grandes paroisses dans le Vexin et à Compiègne, de nombreux programmes de rénovation ou de construction de maisons paroissiales ou d’établissements scolaires, les temps forts avec les jeunes, les rencontres avec des élus, le déploiement d’une dynamique missionnaire…

J’ai connu aussi des épreuves que j’ai partagées avec vous : décès de quelque 40 prêtres, de trois diacres et de l’épouse d’un diacre, départ de plusieurs communautés religieuses,… et surtout des difficultés croissantes à pourvoir toutes les communautés chrétiennes et les mouvements en ministres ordonnés, pour les soutenir dans leur vitalité, leur mission et leurs nécessaires mutations.

Dans le prolongement de la lettre pastorale de Mgr James, « Église de Beauvais, avance au large » (8 septembre 2007), j’ai souhaité que les paroisses se rendent attentives aux besoins de nos contemporains pour aller à leur rencontre, sur envoi et au nom du Christ. Il y a 3 ans, une dynamique renouvelée a été lancée avec les cinq essentiels, les enquêtes de voisinage, la vision pastorale, les Équipes de conduite pastorale. Plusieurs rassemblements diocésains et des rencontres de curés ont permis d’avancer selon les possibilités de chaque paroisse.

Ce mouvement aide à lutter contre une tentation « décliniste », des habitudes stérilisantes et un activisme rassurant mais ambigu. Le moment que nous vivons nous provoque plus vigoureusement à nous interroger sur notre avenir, dans une société de plus en plus étrangère à ses racines chrétiennes, confrontée à des mutations sans précédent et aux conséquences improbables, mais demeurant assoiffée de bonheur.

Dans ce contexte, nous avons été atteints par le décès du P. Serge Maroun. Le Seigneur à qui il avait donné sa vie dispose, mais quel sens cette disparition peut-elle avoir ? À chaud, j’ai énoncé quelques réflexions, et les Compiégnois ont relevé les manches ! Il nous revient d’aller plus loin pour laisser le Seigneur féconder les vides et les questions.

Que nous le voulions ou pas, nous sommes confrontés à des questions visant l’avenir de nos communautés paroissiales : question de leur nombre et de leur étendue, question de leur conduite par des prêtres moins nombreux, question des conditions de leur vitalité face aux nouveaux modes de vie et aux nouveaux rapports de nos contemporains au religieux et à l’Église, question de leurs ressources pour vivre, rayonner et témoigner dans la société actuelle.

Déplacer des prêtres ne suffit pas à résoudre les questions. Nous sommes tous concernés et appelés à vivre une « conversion ». Enracinée dans la relation de chacun au Seigneur Jésus, cette conversion doit déployer ses effets dans notre relation à l’Église et notre participation à la mission qu’Il lui a confiée, pour le salut de tous les hommes (1Tm, 2, 4).

C’est pourquoi, cette année, j’ai renoncé à opérer des nominations « territoriales » voulant que nous relevions les défis de la réflexion et de la conversion missionnaire, ENSEMBLE ! Car, tous, « nous portons ce trésor (Jésus-Christ) dans des vases d’argile… Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, nous arrivons à passer… Nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus, afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps… C’est pourquoi, nous ne perdons pas courage » (2 Co 4, 7-16).

De fait, le Seigneur est fidèle et toujours à l’œuvre ! Des séminaristes, des ordinations diaconales en perspective, des laïcs qui se forment, des familles qui répondent à l’appel, des jeunes qui émergent, des mouvements bien vivants, un enseignement catholique qui relève les défis du développement intégral de la personne en référence à l’Évangile, une prière d’adoration portée par les communautés religieuses et paroissiales.

Depuis plusieurs années, des initiatives missionnaires portent des fruits (catéchuménat, rassemblements de jeunes, parcours alpha, pèlerinages à Lourdes, pélé VTT60, cellules d’évangélisation, évangélisations de rue, recours à des missionnaires extérieurs, groupes de prières…).

La dynamique missionnaire est bien engagée ! Certes, on tâtonne ou on hésite sur les modalités locales à lui donner mais : nous essayons de vivre les cinq essentiels ; nous sommes plus attentifs à regarder autour de nous pour y repérer les appels du Seigneur et « le cri des hommes » ; nous acceptons de changer nos manières de vivre ou de faire pour dire la miséricorde de Dieu envers tous et sa faveur pour les blessés de la vie ; des collaborations entre prêtres et laïcs s’approfondissent pour le service de la même mission, chacun agissant selon son appel particulier.

L’assentiment global (prêtres et laïcs) témoigne que tout cela dépasse un phénomène conjoncturel, de « mode », et procède de l’Esprit Saint qui veut « adapter » l’Église à sa mission, ici et maintenant !

Il nous faut donc, ensemble, recevoir, sous la motion de ce même Esprit Saint, les nouvelles manières dont nos communautés vivront l’Évangile, en témoigneront, le partageront.

Cette année doit être mise à profit pour nous projeter sur plusieurs années, pour considérer ce que devraient être nos « visages d’Église » et nos engagements, pour offrir au Seigneur les ouvriers qu’Il enverra à sa vigne, dans l’Oise.

Pour engager ce travail, je vous propose (lire dans le document à télécharger) :

I. Une vision diocésaine concrétisée dans six orientations.

II. Quelques éléments pour baliser et animer un cheminement pour les mois à venir.

III. Des questions et une méthode.

Le tout voudrait aider toutes les communautés paroissiales à donner leurs suggestions pour favoriser les nominations à venir  :

“Je voudrais que chacun de nous se rappelle le premier appel, la première vocation, le premier amour…”

mar, 26/09/2017 - 09:20

Chacun de ceux qui sont venus a entendu que Jésus lui disait quelque chose, que Jésus disait quel était son nom et qu’il voulait qu’il se trouve sur cette route. Et quand, au début, les prêtres ont chanté ce que Jésus a dit à Pierre, je me suis dit : comme Pierre a dû être content quand on lui a parlé ainsi ; et je pense que nous sommes tous contents quand Jésus nous dit : je veux que tu sois à cette place, pour cela, pour cela, sur cette route, que tu deviennes religieuse, que tu te maries et que tu fondes une famille, que tu prennes soin… et ainsi de suite.

J’ai dans l’idée que quand Pierre entendit que Jésus lui disait : « Voilà, tu es la pierre », quand il lui donna son nom, il pensa : « Il m’a dit cela quand il m’a connu, il m’a dit que j’étais Pierre », et il a dû commencer à se rendre compte que ce même nom avait différentes mélodies, différentes musiques. De même que le chant que vous avez chanté possède différentes musiques. Et ainsi Pierre alla de l’avant, tout content et fier, mais quinze minutes plus tard Jésus lui dit le contraire, il lui dit : éloigne-toi, car tu es satan pour moi. [Pierre] Il avait fait une erreur.

Et ensuite je pense aux moments où Pierre a dû se rappeler ce que lui avait dit Jésus cette nuit du jeudi [saint], lorsque ensuite, si sûr de lui, il dit : « Celui-ci, je ne le connais pas ». Comme il a dû penser à ce qu’il avait dit. Et comme il a dû se rappeler ce que lui avait dit Jésus, lorsqu’il le vit sortir de sa prison, il le regarda et se mit à pleurer.

Ce qui revient à dire que ce que Jésus nous dit, nous le vivons au cours de notre vie. La même parole, la même vocation, de diverses manières. La vie nous conduit à la vivre dans la joie, dans la douleur, dans le péché, dans une plus grande grâce… Qu’aura fait Pierre au cours de la nuit du jeudi en pleurant, s’est-il caché accablé de honte, est-il allé trouver la mère de Jésus, pour lui demander conseil ? Nous ne le savons pas.

Ensuite, il se trouvait là, fermé et craintif, et alors Jésus lui demande à trois reprises s’il l’aime, et il se rappelle et il dit : je ne comprends rien, et c’est une autre mélodie de son même nom. Je voudrais que chacun de nous se rappelle le premier appel, quand Jésus nous donna un nom, la première vocation, le premier amour, et qu’il le conjugue sur les différentes musiques de la vie. Dans celle que nous apporte la vie, de beaux moments, des moments intenses, des moments d’erreur, des moments de péché, des moments obscurs, des moments où l’on a envie de tout casser et de recommencer autre chose… Mais il ne faut pas perdre son nom. Jésus a donné un nom à chacun de nous et il nous a mis sur une route, une route de consécration : dans la vie de la famille et dans la famille consacrée. Une route de donation à lui et à nos frères, en son nom. Il faut donc à chaque fois conjuguer à nouveau ce nom dans les différentes situations qu’il nous est donné de vivre. Quand Jésus nous appelle et nous donne un nom, il ne nous donne pas une assurance sur la vie, cette dernière nous devons la défendre par l’humilité, la prière et la mendier au Seigneur. Donne-nous la force, Seigneur, pour que nous puissions aller de l’avant, chacun sur la route sur laquelle tu nous as appelés. Mais personne ne possède la sécurité de la persévérance en ce nom, il faut la demander. Et il la donne, parce qu’il nous aime beaucoup, et veut que nous restions, mais il faut la mendier. Ne l’oubliez pas. Si vous voulez triompher dans la vie comme Jésus le veut, mendiez, car le protagoniste de l’histoire est le mendiant, le protagoniste de l’histoire du salut est le mendiant, celui que chacun de nous porte en soi. Merci pour cela ! Et puissiez-vous poursuivre ce témoignage que vous donnez et lui faire porter beaucoup de fruit. Merci !

La vie volée des chrétiens de Haute-Egypte

mar, 26/09/2017 - 06:45

Des routes cabossées mènent à la grosse bourgade de Delga, à plus de 300 kilomètres au sud du Caire. Des maisons en brique brute sont alignées dans des rues en terre. Quinze mille à vingt mille chrétiens vivent parmi les 150 000 habitants. Le père Ayoub Youssef, installé à Delga depuis sept ans, reçoit les visiteurs dans une pièce misérable, attenante à l’église. Des taches de moisissure rongent les murs bleus délavés.

Appels à ne plus dire bonjour aux chrétiens

« Aujourd’hui la situation s’est stabilisée, mais l’extrémisme s’est répandu dans le village », assure-t-il. Le gouvernorat de Minya avait été le théâtre de violences confessionnelles dans les années 1990. Mais de l’avis du prêtre catholique, « c’est l’élection à la tête de l’État du Frère musulman Mohamed Morsi, en 2012, qui a marqué un tournant dans les relations entre les deux communautés. Dans notre village, il y a eu des appels à ne plus dire bonjour aux chrétiens. Et jusqu’à aujourd’hui, les gens ne veulent plus les embaucher. »

Après l’éviction de Mohamed Morsi par l’armée en juillet 2013 et le massacre de plus de 800 de ses partisans par les forces de l’ordre dans les rues du Caire, Delga a été victime de représailles. Deux édifices religieux chrétiens et une vingtaine de maisons de cette communauté ont été brûlés. Cent cinquante familles ont alors quitté le village, peu sont revenues. « Certains émeutiers ont été jugés in abstentia mais d’autres, qui ont participé aux violences, n’ont jamais été inquiétés. On pense qu’ils ont des liens avec la police », s’inquiète le père Youssef. Considéré comme un village très polarisé, Delga a mauvaise réputation.

Des humiliations quotidiennes

D’autant qu’on le dit en proie à tous les trafics avec sa route qui mène en Libye. Le calme semble revenu, mais comme dans d’autres localités du gouvernorat, les chrétiens sont victimes depuis leur plus jeune âge d’humiliations quotidiennes. « Régulièrement des groupes de petits musulmans s’arment de bâton et frappent des enfants chrétiens à la sortie de l’école, explique le prêtre. On fait grandir les enfants dans la haine. Que deviendront-ils adultes ? » Dans l’église décatie, un père de famille ne souhaitant pas être nommé égrène à son tour des histoires de vexations ordinaires. « Moi, j’ai vu des enfants musulmans refuser de boire dans le même verre qu’un enfant chrétien par peur d’être contaminés. »

TÉMOIGNAGE VIDÉO de Maria Abdel Messih, copte : « Mes parents m’ont transmis l’amour de ma religion et le respect des traditions »

Ces récits se répandent dans les campagnes pauvres de Haute-Égypte où la frustration et l’ignorance génèrent parfois des dérives sectaires. Les problèmes sont souvent les mêmes : écoles trop peu nombreuses alors que la démographie explose, problèmes d’eau potable et manque d’infrastructures y sont aussi criants que l’absence de l’État depuis des décennies. Sauf la police qui, ce jour-là, interrompt l’entretien avec le père Youssef de manière intempestive et invite fermement à quitter la ville.

Un poster géant de la Vierge entourée de colombes

Dans le même gouvernorat, le village d’Al-Karm compte un millier de chrétiens pour 20 000 habitants. Il a lui aussi connu des violences sectaires récemment. L’an dernier, une vieille femme chrétienne y a été déshabillée et traînée dans la rue par vengeance contre son fils soupçonné d’adultère avec une musulmane. Une partie du village – musulmans comme chrétiens généralement aisés – assure pourtant vivre en bonne intelligence, sous la protection d’une puissante famille musulmane. Mais dans le quartier de la victime, les échos sont tout autres.

EXPOSITION À l’institut du monde arabe, « Chrétiens d’Orient, deux mille ans d’histoire »

La famille de Fadel Saad Shakrawy est réunie dans une pièce gigantesque où seule une télévision trône sur une large table en bois. Aucun superflu, tous les objets sont usuels. La seule décoration consiste en un poster géant de la Vierge entourée de colombes dans un cadre champêtre. Un paradis aux couleurs artificielles.

Banalisation des discours radicaux

Fadel, ancien policier, s’inquiète de la banalisation des discours radicaux. « Quand il pleut, j’entends des petits enfants s’adresser au ciel en chantant : ne fais pas tomber de pluie sur les chrétiens mais des rochers pour les écraser », s’attriste-t-il. Sa fille Maria, 29 ans, n’a qu’un rêve, « comme beaucoup de jeunes » : partir. « Il y a trois ans, raconte-t-elle, j’ai voulu construire une maison. Des plaintes ont été déposées. On m’a accusée de vouloir bâtir une église informelle. La police a fait venir des bulldozers : tout a été détruit. » La question des églises reste sensible. Une loi a bien été votée il y a un an pour faciliter leur construction. Mais la famille n’y croit pas. « Ils trouveront toujours quelque chose pour ne pas l’appliquer », soupire Maria.

PORTRAIT Roger Fahmy, chef de projet dans une ONG

Le périmètre de vie de la famille Shakrawy ne cesse de se réduire. « On n’a pas d’église pour aller prier et se retrouver. Je limite mes déplacements à mon lieu de travail et à la maison de mon père où je vis, explique Imed, le fils, âgé de 40 ans. Je ne vais jamais au café, je ne sors plus pour éviter les problèmes avec les autres. Je ne fais plus confiance aux musulmans. »

Quand ils sont minoritaires dans les villages, les chrétiens sont plus vulnérables. Le silence de l’État et l’impunité quasi totale dont jouissent les responsables d’attaques sectaires encouragent les violences. Une situation qui ne facilite pas la cohésion alors que les communautés chrétiennes et musulmanes vivent ensemble depuis des siècles.

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Plusieurs millions de coptes

Origine. Le terme « copte » vient de l’arabe qibt, lui-même abréviation du grec Aiguptios (Égyptien). Les coptes constituent la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient. La tradition rapporte que saint Marc a fondé l’église à Alexandrie.

Statistiques. Il est communément affirmé qu’il y a 10 % de coptes parmi les 93 millions d’Égyptiens. Ils seraient plus vraisemblablement entre 5 et 6,5 millions (5,5 % à 7 % de
la population) selon l’historien Tewfik Aclimandos.

Églises. Les coptes sont à plus de 95 % orthodoxes. Il existe aussi une Église copte-catholique et des protestants, majoritairement évangéliques.

Patriarches. Tawadros II (Théodore II) est le « pape » des coptes-orthodoxes et Ibrahim Isaac Sidrak le patriarche des coptes-catholiques.

Comment parler de Dieu aux lycéens

mar, 26/09/2017 - 06:40

Au collège, les rites et sacrement de l’initiation (première communion, profession de foi et confirmation) constituent des repères évidents autour desquels organiser la pastorale scolaire. Mais au lycée, il faut trouver de nouveau ressorts pour attirer des élèves qui se présentent moins spontanément.

« Certes moins nombreux, ceux qui viennent attendent vraiment, au-delà d’une certaine convivialité, d’être nourris spirituellement, même s’ils ne le formulent pas aussi clairement », reconnaît Béatrice Lefevre, responsable nationale du réseau de l’Aumônerie de l’enseignement public et de la pastorale des adolescents.

QUESTION : Éducation religieuse : quelle liberté laisser à ses enfants ?

Amener les lycéens à penser par eux-mêmes

Il n’existe que peu de programmes ou de parcours catéchétiques pour cette tranche d’âge (16-18 ans). « La pastorale en direction des lycéens se construit moins avec des parcours, elle repose plus souvent sur la demande des jeunes, analyse Béatrice Lefevre. Les lycéens aiment aborder des sujets un peu existentiels. Mais spontanément, ils vont rester sur des banalités, sur l’émotionnel, ou répéter ce qu’ils entendent par ailleurs. Les amener à penser par eux-mêmes, c’est tout le travail des animateurs. Et pour cela, c’est vrai qu’ils peuvent avoir besoin d’une “boîte à outils”. »

En 2011, le secrétariat national de l’Aumônerie de l’enseignement public avait ainsi publié un manuel à destination des animateurs, intitulé La Morale, pédagogie du bonheur (1). En mai, les éditions Mediaclap, spécialisées dans les « outils multimédia au service de la pastorale », ont lancé un journal à destination des 16-18 ans, Quelle existence !, destiné à accompagner leur quête de sens dans une perspective chrétienne. Enfin, en cette rentrée, le groupe Bayard (qui édite La Croix) lance à son tour une nouvelle proposition pastorale à destination des élèves de première et terminale, intitulée Et qui donc est l’homme ? (lire ci-dessous).

ENQUÊTE : Les mille et une méthodes de l’enseignement catholique pour parler de Dieu

Un véritable cours de « culture religieuse »

Mais dans la majorité des cas, chaque établissement a sa propre politique en matière de pastorale. Au lycée Saint-Paul de Vannes (Morbihan), par exemple, Stéphane Girardot a créé il y a vingt ans un cours de « culture religieuse », avec une poignée d’élèves curieux de découvrir les différentes religions. Aujourd’hui, c’est une option à part entière, avec séances hebdomadaires, notes, et un programme étalé sur les trois années du lycée.

Ancien instituteur et diplômé de théologie, l’animateur, qui a expliqué sa méthode dans un livre (2), en est convaincu : « C’est avec un parcours structuré, qui affiche clairement ses exigences, que l’on attire les élèves curieux et sérieux. Il faut leur proposer un défi à relever. » Le succès est au rendez-vous : à la rentrée, plus de la moitié des 550 élèves de seconde de l’établissement ont pris cette option.

Culture générale et proposition spirituelle

Et l’aspect « culture générale » n’empêche pas la proposition spirituelle. « Derrière l’attirance pour le religieux, il y a toujours un mélange d’ouverture intellectuelle et de quête spirituelle », affirme Stéphane Girardot. Il reconnaît toutefois que ce modèle n’est pas reproductible partout, selon la taille de l’établissement, mais aussi le niveau socioculturel des étudiants.

« Quand je parle de la foi catholique, j’explique des choses du niveau d’une première année de catéchisme », confirme Faustine Remy, CPE et animatrice en pastorale dans un lycée professionnel d’Indre-et-Loire. Dans cet établissement, la pastorale prend la forme d’un groupe de discussion informelle pendant la pause déjeuner.

ZOOM : En Alsace-Moselle, les cultes défendent le cours d’enseignement religieux à l’école

Des questions simples mais un intérêt réel

La participation est volontaire, ce qui n’a pas empêché, l’année dernière, un groupe régulier d’une vingtaine d’élèves de se constituer. « Les discussions partent de leur quotidien, explique Faustine Remy. Honnêtement, au début, je pense que c’est l’attrait d’un endroit confortable qui les fait venir. Mais leur assiduité montre un réel intérêt. »

La présence récurrente du prêtre référent du lycée est aussi un élément stimulant pour les élèves, qui, pour beaucoup, « n’avaient jamais vu un prêtre ». « Les questions simples qu’ils nous posent, se félicite l’animatrice, nous poussent à nous remettre en question, c’est riche et rafraîchissant. »

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► « Et qui donc est l’homme ? », pour lier pastorale et philosophie

Avec ce nouveau parcours à destination des élèves de première et terminale, Bayard propose de mettre en lien la pastorale avec les cours de philosophie. Sous forme de livrets pour les étudiants et les animateurs, « Et qui donc est l’homme ? » aborde huit grands thèmes existentiels autour d’un épisode biblique : L’Homme en quête de justice, avec Caïn et Abel, L’Homme à l’épreuve du temps avec l’arche de Noé, ou encore la question du vivre-ensemble autour de l’épisode de la tour de Babel.

À chaque thème sont associées différentes ressources philosophiques, de Simone Weil à Hegel. « Ce parcours n’est pas réservé aux animateurs en pastorale, il peut être utilisé pendant les cours », précise le père André Antoni, membre du directoire de Bayard. « L’idée est aussi d’impliquer les enseignants. »

Pour chaque module, 1 livret jeune (5,90 €) + 1 livret animateur et son DVD (7,90 €), en vente en librairie.

« Matilda », le film qui enflamme les ultra-orthodoxes russes

mar, 26/09/2017 - 06:30

« Vous assassinez la Russie ! » Le verbe de Leonid Donatovitch vibre d’une colère froide. Depuis des semaines, cet homme de 71 ans, professeur de philologie à la retraite, s’active contre le film Matilda qui, retraçant la romance du tsar Nicolas II avec une ballerine, a enflammé les étroits réseaux d’ultra-orthodoxes. « Par nos actions, nous défendons nos valeurs. C’est pourquoi, oui, je suis radical. Aujourd’hui, nous lançons une opération de sauvetage car, face aux libéraux, il faut une réaction forte », insiste Leonid Donatovitch.

À la tête de l’union des confréries orthodoxes, organisation marginale, il milite depuis plus de vingt ans avec une trentaine d’autres personnes pour le retour du tsar et des traditions. « Nicolas II a aimé la tsarine et créé une famille parfaite. Matilda est une provocation », fulmine Leonid Donatovitch, dénonçant le choix de l’acteur pour le rôle du tsar vénéré et canonisé : un Allemand accusé d’être issu du cinéma pornographique. Malgré les démentis de l’intéressé, les ultra-orthodoxes crient au blasphème. Prêts à passer à l’acte.

Le principal exploitant renonce à diffuser le film

Ces dernières semaines, bien avant la sortie en salles prévue le 26 octobre, les violences se sont multipliées : cocktail Molotov contre les studios du réalisateur Alexeï Outchitel à Saint-Pétersbourg, voitures incendiées devant le bureau de son avocat à Moscou, explosion dans une camionnette forçant l’entrée d’un cinéma à Ekaterinbourg… Des centaines de gérants de salles ont reçu des lettres de menace et, par mesure de sécurité, l’exploitant du principal réseau a renoncé à projeter le film.

Régulièrement, un même message – « Brûlez pour Matilda » – est laissé par les auteurs de ces attaques, accusés de « terrorisme » par Alexeï Outchitel et qualifiés de « talibans orthodoxes » dans les milieux culturels. Mi-septembre, quatre suspects ont été arrêtés dont le dirigeant du mystérieux groupe « État chrétien – Sainte Russie ».

En Russie, les autorités politiques et religieuses s’agitent autour d’un film polémique

Des radicaux virulents

« Je ne les connais pas. Et ces violentes attaques n’ont pas lieu d’être », se défend Leonid Donatovitch, rencontré dans un café de Moscou. Il parle doucement, posé malgré les attributs qu’il se plaît à exposer pour montrer son « radicalisme ». Il porte la longue barbe chère aux plus traditionnels des orthodoxes. Tout de noir vêtu, il arbore sur son tee-shirt des têtes de mort et des lames de couteau et, sur ses multiples médailles accrochées au chapeau comme au blouson, les aigles des armoiries de l’Empire russe et les portraits de Nicolas II ou de Raspoutine.

C’est lui qui, dans un virulent poème contre Matilda diffusé sur Internet, a accusé son réalisateur d’« assassiner la Russie » et promis d’empêcher la diffusion de ce « film satanique ». Depuis, il assure n’appeler qu’à la prière et aux actions pacifiques. À l’occasion de fêtes religieuses, son organisation a ainsi profité de processions locales pour protester. Des marches qui, avec quelques milliers de fidèles, restent loin des manifestations de 100 000 protestataires annoncées dans la presse.

Des soupçons de manipulation

Leonid Donatovitch et d’autres organisations recourent aussi à l’« exorcisme mystique », selon leur propre expression, brûlant des affiches du film et des portraits de son réalisateur. Ces actions, relayées sur les réseaux sociaux, ont pu être interprétées comme des appels aux actions plus violentes. D’autant que, dans le clergé, certains ont pareillement mystifié le débat. « Si ce film est montré, Dieu punira la Russie. Par une catastrophe naturelle ou par d’autres moyens », confie le père Vsevolod Chaplin, ex-porte-parole du Patriarcat et influente voix conservatrice. Il ne cache pas sa colère contre les autorités religieuses et politiques qui, loin de critiquer le film, ont condamné les ultra-orthodoxes.

« À moins que tout cela ne soit que mise en scène, dans l’intérêt des promoteurs du film : on en parle beaucoup ! Et dans celui des ultra-orthodoxes : marginaux, ils sortent de l’ombre », soupçonne Leonid Sevastianov, directeur d’une fondation orthodoxe proche du Patriarcat. Sur les réseaux sociaux, des voix critiques vont plus loin : ce vrai faux malaise serait une manipulation pour détourner l’attention du croissant malaise social et d’une contestation politique bien plus embarrassante pour les autorités avant l’échéance présidentielle, l’an prochain.

En Irak, les minorités inquiètes boudent le référendum d’indépendance kurde

lun, 25/09/2017 - 18:07

Un rien suffit à faire un bureau de vote. Lundi 25 septembre, à l’école Akito, à Ankawa, le quartier chrétien d’Erbil, des isoloirs en carton dépliables, un cahier pour enregistrer les électeurs et un encrier pour marquer leur index font l’affaire. Il n’y a même pas de liste électorale.

« J’ai montré ma carte d’identité irakienne et mon permis de résidence au Kurdistan, qui stipulent que je viens de Mossoul, ils m’ont trempé le doigt dans l’encre et j’ai signé, c’est tout », explique Manal Mahti, 45 ans, chrétien originaire du quartier de Muthanna à Mossoul. Ce vétéran de l’armée irakienne (onze ans de service) en est persuadé, un Kurdistan indépendant lui offrira la sécurité qu’il n’a pu trouver en Irak : « J’avais deux blanchisseries à Mossoul, elles ont toutes les deux été détruites. J’habite à Ankawa maintenant, je travaille dans un hôtel. J’ai déjà de meilleures opportunités que j’en avais à Mossoul. »

Un référendum préparé en 3 mois

Comme Manal, ce sont des déplacés chrétiens de la plaine de Ninive qui viennent voter ici. Ces Irakiens avaient fui la région de Mossoul lorsqu’elle a été prise par Daech, en 2014. Plus de trois ans après, ils restent réfugiés au Kurdistan. Avec à peine trois mois pour préparer un référendum annoncé le 7 juin, la région n’a pas eu le temps de renouveler ses listes.

Un référendum au Kurdistan d’Irak, envers et contre tout

La Commission du référendum établie par les Kurdes avait en outre promis des bureaux dans tous les territoires disputés entre Erbil et Bagdad. Le Kurdistan revendique en effet certaines zones en dehors des trois gouvernorats (Erbil, Duhok et Souleymanié) qu’il administre normalement. Dans celles qu’elles occupent, les forces de sécurité irakiennes, farouchement opposées au scrutin, n’ont pas laissé faire, comme dans la cité chrétienne de Qaraqosh, à l’est de Mossoul.

Des minorités très partagées

Les Kurdes espéraient toutefois rallier à leur cause au moins les minorités qui peuplent les territoires qu’ils tiennent. « Le président Barzani a garanti aux membres des minorités qu’ils ne seraient pas des citoyens de seconde zone », rappelle Ano Abdoka, jeune chaldéen qui dirige la branche d’Ankawa du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), le parti de Masoud Barzani, président de la région autonome du Kurdistan d’Irak.

VIDEO - Qui sont les Kurdes ?

Malgré cela, beaucoup de chrétiens ont préféré ne pas se déplacer pour voter. Dans le village d’Al Qosh, à 130 km au nord-ouest d’Erbil, des habitants ont carrément exhibé des drapeaux irakiens dans la rue. « Nous ne faisons pas partie du Kurdistan, alors pourquoi voter ? », explique Athra Kado, militant du Mouvement démocratique assyrien, qui continue de miser sur Bagdad. Chez lui, à Al Qosh, l’agitation contre le référendum a commencé dès cet été, après la destitution du maire par Erbil. « Seuls ceux qui sont des employés du Kurdistan iront voter, parce qu’ils perdraient leur emploi », explique Athra Kado.

Les Yézidis effrayés par le vote

Les autres minorités paraissent tout aussi dubitatives. À Kirkouk, enjeu clé du référendum, à 100 km au sud d’Erbil, les habitations du quartier turkmène sont restées portes closes quand les rues kurdes klaxonnaient de joie.

L’approche du référendum a plus encore jeté le trouble chez les Yézidis, minorité persécutée par Daech en 2014. « Environ 2 000 familles ont précipitamment quitté les camps la semaine dernière pour ne pas être forcées de voter, estime Jameel Chomer, directeur opérationnel de Yazda, ONG de référence sur le sujet des Yézidis. À Sinjar (ville yézidie, NDLR), seuls ceux qui habitent les zones tenues par le PDK et qui travaillent pour lui iront voter. »

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